HÉROLD (J.)


HÉROLD (J.)
HÉROLD (J.)

HÉROLD JACQUES (1910-1987)

Né à Piatra, en Roumanie, Jacques Hérold a très tôt refusé l’enseignement académique de la peinture. Après avoir réalisé quelques affiches pour payer son voyage sur un bateau du Danube, il est arrivé à Paris en 1930, où il a travaillé comme assistant de Brancusi et rencontré certains peintres surréalistes, tel Yves Tanguy. Mais il n’a commencé à participer au mouvement surréaliste qu’en 1934, année où il a appris à ne pas «voir la peinture d’abord», mais «ce qu’elle contient»: «le point de soudure de la vie intérieure et du monde» (J. Hérold, Maltraité de peinture , éd. Fata Morgana, 1985). C’est de lui-même, de lui seul que Hérold procède, même si ses premières peintures ont, avec celles de Victor Brauner — comme lui d’origine roumaine et surréaliste d’instinct —, un air de fraternité. Acceptant de vivre, par amour extrême de la liberté, dans des conditions très précaires, il ne s’attachera réellement au surréalisme, en tant que groupe d’amis, qu’au moment où l’invasion allemande de 1940 les rejette à Marseille. Hérold participe alors à l’invention d’un nouveau «jeu de cartes»: Le Jeu de Marseille , qui a attendu 1983 pour être édité. Les mages y remplacent les rois, les sirènes les reines et les génies les valets. Le sort lui assigne le rôle de dessiner deux cartes: celle de Lamiel et celle du marquis de Sade, autour duquel sa vie et son œuvre vont tourner, puisque c’est à Lacoste, au pied du château de Sade, que Hérold passera une partie de son temps à partir de la guerre.

Liés à des souvenirs de jeunesse, très beaux mais plutôt cruels, les tableaux qu’il consacre à partir de 1937 à des personnages écorchés, et même à l’«écorchage» du ciel, sont dans une certaine mesure prémonitoires de la guerre. Mais c’est avec sa Liseuse d’aigle , peinte à Oppède en 1942, après le départ d’un grand nombre de ses amis, dont Breton, pour New York, que Jacques Hérold atteint une sorte de point sublime. Elle représente une femme qui déploie un aigle sur ses genoux comme un grand livre, ce qui lui a fait écrire: «Lisez les objets à livre ouvert, à haute voix. Le livre ne livre pas les objets. Lisez les objets; seuls ils déclenchent votre imagination, car les livres sont écrits par d’autres.»

Cela ne l’empêche pas de demeurer jusqu’au bout le complice des poètes, dont il illustre de nombreux livres parmi lesquels La Terre habitable de Julien Gracq (Paris, 1951), L’Aigle, mademoiselle , recueil de lettres du marquis de Sade réunies par Gilbert Lély (Paris, 1949), Le Miroir du merveilleux de Pierre Mabille (Paris, 1962), comme il avait illustré des poètes roumains, tel Gellu Naum. Ayant participé à l’Exposition internationale du surréalisme de 1947 (galerie Maeght, Paris), il présente pour la première fois un ensemble de ses tableaux la même année à la galerie des Cahiers d’art, avec un texte de présentation d’André Breton. C’est la période de ses personnages cristallisés: «Tout ce qui existe, écrit-il, se cristallise, sous l’influence de la chaleur, de la pression et du temps.» Un dessin particulièrement aigu, tranchant, né de son expérience des «écorchages», confère à ses figures une acuité, une pureté de conception sans égales, à l’opposé des courbes molles de Dali, par exemple. Mais il ne s’arrête pas à ces formes, presque parfaites, parce qu’il demeure à l’affût de ce qui est «caché, invisible», et surtout soucieux de capter le mouvement intérieur des choses, leur concentration-explosion permanente, à laquelle il va consacrer des tableaux rares, aériens, tournoyants, jusqu’à sa mort.

Ainsi, l’œuvre de Jacques Hérold désobéit-elle au système de la production, tel que l’existence d’un marché de l’art contemporain de plus en plus contraignant incite les peintres à le pratiquer. Comme Yves Tanguy, Victor Brauner, Wolfgang Paalen, il fait partie de ces surréalistes que les médias n’ont pas réussi à transformer en vedettes, en producteurs de marchandises. Son évolution ne s’inscrit dans aucune mode, mais répond à un rythme, à une nécessité, à des désirs et à des rêves absolument personnels, dont les poètes se sont plu à souligner l’importance: André Breton, mais aussi Jean-Pierre Duprey, qui a imaginé pour lui une liste de titres de tableaux et lui a dédié l’un de ses beaux textes, que Hérold a placardé, avec ses illustrations, sur les murs de Paris, peu avant mai 1968, de même que des poèmes de son ami Gherasim Luca, dont il fut sans doute le plus proche. Michel Butor et Alain Jouffroy lui ont également consacré des études approfondies. «Parfois, écrit ce dernier, dans le grand espace que domine la terrasse de sa maison de Lacoste, on voit deux aigles planer lentement, côte à côte. Jacques Hérold, jusqu’au bout, a peint dans la complicité de leur vol.» Et Michel Butor: «Il a transmis la jeunesse à l’âge, la fleur au fruit, l’ombre à l’éclat, l’Occident à l’Orient.»

Encyclopédie Universelle. 2012.

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